UTILITÉ ET LIMITES DU SYSTEME Français DE COMPTABILITÉ NATIONALE
Introduction, présentation
1. Le système français de comptabilité nationale joue un rôle fondamental...
A. La fonction informative
a. Une synthèse des données statistiques nationales
b. Un instrument d'information sur le passé et le présent
B. La fonction prospective
a. La prévision des évolutions ( fonction analytique )
b. La prévision des effets des décisions ( fonction politique )
2. ...Mais il ne permet ni une représentation, ni une prévision complète de la réalité économique.
A. Les limites liées au mode de calcul
a. Des informations parfois approximatives
b. Le problème des bases de calcul
B. Des réalités économiques difficiles à saisir
a. Économie domestique et économie souterraine
b. Le problème de la mesure du bien être
C. L'impossible prévision à long terme
Conclusion
La CN est un ensemble de procédures de collectes, de traitement de l'information macroéconomique. Elle présente dans un cadre comptable cohérent l'activité des unités économiques résidentes (soit celle qui ont une activité de plus d'un an sur le territoire-DOM TOM exclus).
Le cadre comptable et son contenu ne sont pas figés; ils participent de l'évolution de la science économique. L'idée de quantification de l'activité économique. se trouve déjà chez les mercantilistes et les physiocrates, mais c'est la crise de 1929 et l'influence du keynésianisme, qui concourent à la naissance de la CN au sens moderne.
De 1945 à aujourd'hui, la tendance est à l'harmonisation des systèmes (système de CN des nations unies adopté en 1993, nouvelle version du système européen des comptes en 1995). Le système français de 1998 (à base 90) est conforme aux normes mondiales et européennes. Ce système met en relation
- 6 secteurs institutionnels (SI) ou agents (classés selon leur comportement et leur fonction économique.) les sociétés non financières, les sociétés financières, les administration publiques, les ménages, les institutions sans but lucratif et le reste du monde.
- 3 opérations (répartition des revenus, financières, sur biens et services).
Ces opérations sont regroupées soit sous forme de comptes des SI, soit sous forme de tableaux
- Le tableau entrée sortie -TES- qui regroupe les opérations sur biens et services.
- Le tableau éco. d'ensemble -TEE- qui articule les trois opérations.
- Le tableau des opérations financières -TOF- qui analyse en termes de flux ou de stocks les créances et les dettes des SI .
Cette approche synthétique de l'éco. permet une meilleur connaissance du passé et rend possible les prévisions; nous verrons néanmoins que ces deux aspects ne sont pas sans poser de problèmes.
1. Par sa double fonction informative et prospective, le système de CN joue un rôle majeur dans la vie économique de la France...
1.1. La fonction informative
La CN répond au besoin d'information macroéconomique. Elle présente, dans un cadre cohérent, un ensemble de grandeurs caractéristiques de l'économie nationale.
1.1.1.La synthèse de données statistiques.
- Extrêmement nombreuses, ces statistiques couvrent presque tous les aspects de la vie éco. (Population, emploi, système productif...)
Souvent les nomenclatures et les définitions sont différentes selon les organismes (INSEE,IFOP...)
La CN a donc l'interêt d'offrir un cadre général et logique qui facilite l'accés à une information cohérente et homogène.
Cette synthèse statistique permet une représentation simplifiée et chiffrée de l'économie à l'aide de comptes intégrés dans des tableaux.
La simplification suppose des opérations d'agrégation (secteur institutionnels, regroupement des opérations en 3 catégories...)
La quantification permettant l'articulation de comptes portant sur les stocks et les flux, le dénominateur commun étant la monnaie.
b.La CN est aussi un outil d'information sur le passé et le présent.
- Puisque l'analyse rétrospective permet l'élaboration d'une histoire quantitative de l'activité éco. du
pays (à condition que les comptes soit annuels).
Dans cette histoire se reflètent les grandes tendances du système éco.(inflation, stagnation des prix,
croissance...)
Ainsi, un système de CN universel apparaît comme la condition des comparaisons internationales et
chronologiques.
- Enfin, la CN est un instrument d'information sur le présent.
En effet, elle traduit le caractère indispensable de l'information macroéconomique. L'intervention de
l'Etat dans l'éco ayant pour corollaire la connaissance des réalités éco. On remarque d'ailleurs que des
comptes tenus à l'année et qui paraissent avec une année de retard ne satisfont guère le besoin d'information. D'où la tenue de comptes trimestriels.
En tant qu'outil d'enregistrement de l'activité éco. la CN est tournée vers le passé, mais elle peut aussi fournir, grâce à la projection d'éléments fondamentaux, une représentation cohérente et équilibrée de l'avenir. La CN se présente donc comme un instrument de la prévision éco. et comme
un outil indispensable à la planification.
B-La fonction prospective.
a.Prévoir l'évolution de la réalité éco.
La prévision à court terme et à moyen terme repose sur l'élaboration de budgets éco.reposant eux-
mêmes sur l'élaboration de modèles macroéconomiques.
Définition un modèle est une maquette du fonctionnement de l'éco. dont les pièces sont fournies par la CN et la logique générale, par les théories éco. dominantes.
L'objectif des modèles est d'estimer, de prévoir les agrégats les plus importants qui sont mesurés par la CN. Ce sont en fait des modèles mathématiques mettant en relation un grand nombre d'équations
- des équations de comportements, censée rendre compte de la réaction des agents dans une situation donnée.
- des équations comptables, qui assurent la cohérence des grandeurs calculées par les équations de comportements (ex l'égalité entre l'offre et la demande P+M=C+VS+I+X
Ces modèles reposent sur une hypothèse fondamentale un modèle qui rend parfaitement compte du
passé, prévoit correctement l'évolution future (ce qui revient à extrapoler le passé).
b.Les modèles sont donc des instruments d'aide à la décision.
Ainsi la confrontation entre différents modèles est le travail préalable à l'élaboration des budgets.
- Le budget éco. par exemple, élaboré par la direction de la prévision du Ministère des finances grâce à des modèles et des comptes trimestriels, sert de cadre pour élaborer la loi des finances du budget de l'Etat.
Pour autant, modèles et budgets sont conçus sur un certain nombre d'hypothèses que la réalité ne reproduit que rarement.
II)Mais le système de CN ne permet ni une représentation, ni une prévision complète de la réalité éco.
A-Les limites liées au mode de calcul.
a. Des informations parfois approximatives.
Kuznet estimait en 1942 dans National Income and its Composition que la marge d'erreur dans le
calcul du PIB américain était d'environ 10%...
Ainsi, les chiffres donnés par la CN sont plus ou moins fiables (par ordre décroissant)
- ceux qui correspondent à des écritures comptables (ex les salaires).
- ceux qui résultent d'enquêtes statistiques.
- ceux qui transcrivent des opérations imputées (ex l'autoconsommation).
D'ailleurs pour certains agrégats, la multiplicité des sources et des méthodes de calcul rend un arbitrage nécessaire. La précision ne peut donc être absolue.
La publication rapide des chiffres est en contradiction avec la quantité de travail nécessaire pour l'établissement de comptes définitifs.Pour une année n, on établit des comptes
- provisoire à n+1.
- semi-définitifs 1 à n+2.
- semi-définitifs 2 à n+3.
- définitifs à n+4.
Ces comptes ont forcément une précision inégale
-Par exemple, les comptes provisoires s'apparentent à une "prévision du passé", du fait de l'absence de sources satisfaisantes pour de nombreux postes. Les comptes semi-définitifs ne s'établissent qu'à partir d'échantillons de déclarations fiscales sur les bénéfices...On comprend que les agrégats ont des valeurs différentes selon les comptes, ce qui est gênant compte tenu des enjeux sociaux et politiques qu'il christallisent.
b.Le problème des bases de calcul.
Les comptes définitifs eux-mêmes n'ont pas une précision absolue.
En effet, tous les comptes sont construits à partir d'années de base.
Pour les années de base, on établit des comptes en niveau, en utilisant des recensements, des enquêtes émanant de sources multiples (administratives, fiscales, professionnelles), ce qui constitue un travail long (4 à 5ans) et coûteux.
Pour les années suivantes, on établit des comptes en évolution, c'est à dire qu'on mesure des taux de variation par rapport aux années précédentes. Ainsi au fur et à mesure que l'on s'éloigne de l'année
de base, les erreurs s'accumulent et la précision s'évapore. Il est donc nécessaire de changer périodiquement de base. Enfin, ces changements de base s'accompagnent assez souvent de modifications conceptuelles qui peuvent changer la structure des comptes. Dès lors, on comprend que les comparaisons historiques sont très limitées...
On dépasse ici le simple problème des imprécisions de calcul il s'agit maintenant de mettre en évidence le fait que la CN française se fonde sur des conventions de classement, elle n'est qu'une représentation de la réalité éco. et ne peut être exhaustive.
B.Des réalités éco. difficiles à saisir.
a. Eco. domestique et éco. souterraine.
L'activité domestique est une activité d'autoconsommation rendue possible par une production pour compte propre. Cette activité est exclue des activités productives par la CN, et cela pour deux raisons
- ce n'est pas une production au sens d'une activité sociale organisée et réglementée.
- les facteurs de production ne viennent pas tous du marché.
Or, des études fondées sur la méthode du manque à dépenser ont mis en avant la part importante de l'éco. domestique dans le PIB. Pour l'année 1983, A. Sauvy l'evaluait en France entre 28 et 43%.
L'éco. souterraine est une notion plus floue puisqu'elle rassemble la production légale avec fraude et la production illégale. D'ailleurs, la frontière avec l'activité domestique est difficile à établir des échanges de services au sein d'une famille ou du voisinage peut aisément se transformer en éco.
occulte. De plus, ce phénomène difficile à définir ne se calcule que de manière indirecte (ex différence entre revenus déclarés et revenus dépensés).
Ces deux activités sont donc reléguées à la marge de l'éco. pourtant, elles ont une réalité éco. indiscutable.
b.Par ailleurs, il est manifeste que les agrégats macoéconomiques de la CN ne permettent pas une mesure du bien-être.
Les comptables nationaux ne le prétendent pas, mais le PIB est souvent prétexté par les politiques à cette fin, et vu par l'opinion publique comme un indicateur fiable de ce bien-être. Or, pour qu'il en soit ainsi, il faudrait par ex., que les dépenses militaires soient classées en consommation intermédiaire(CI), ou bien que les coûts induits par la pollution, phénomène nuisible, ne contribuent pas à la croissance du PIB. Certains comptes satellites (santé, recherche...) permettent de mieux évaluer cette notion de bien-être, mais elle reste difficile à mesurer du fait de son aspect qualitatif.
Après s'être intéressé aux limites de la CN en ce qui concerne les domaines qu'elle prend en compte, il faut se pencher sur les limites de son application.
C.L'impossible prévision à long terme.
L'utilisation de modèles macroéconomiques suppose la stabilité des comportements ainsi que la
fixité des coefficients techniques.
Si à court terme ces hypothèses sont acceptables, elles sont irréalistes sur le long terme car d'une
part, les comportements des consommateurs changent et de plus, la valeur de certaines CI dans la
production évolue (rappelons que le coefficient technique d'une branche est le rapport entre la CI dans
cette branche et la production totale).
Au caractère irréaliste de ces deux hypothèses vient s'ajouter le fait que les modèles ne peuvent rendre
compte des cassures structurelles (chocs pétroliers, krach boursier, guerres...).
En guise de conclusion on retiendra que la CN fournit une reprèsentation quantifiée de l'éco. dans un cadre comptable cohérent , ce qui en fait un outil privilégié de l'analyse économique.
Pour autant, cette reprèsentation peut conduire à de graves erreurs si l'on oublie qu'elle ne renvoie qu' à une cohérence interne, soit une vérité formelle qui existe d'abord grâce à des conventions.